Le miroir se brisa...

Il y a des jours où l’on a envie de s’évader dans son passé. Des jours où peut être, on est enfin prêt.
Voilà, je pense, ce qu’il m’est arrivé hier soir. J’ai pensé « demain, on est le 20 et ça va ». Je suis prête et j’ai envie de raconter comment ma vie a été brisée il y a aujourd’hui 3 ans. Ce n’est pas une plainte, ça ne demande pas de réconfort, c’est un instant qui a tout changé.
Et le miroir se brisa…
Un jour, je parlerai de mon divorce et de mon ex-mari. Parce que je sais qu’un jour, j’aurais besoin d’évacuer tout ça. J’en ai déjà besoin en fait, mais j’attends encore quelques mois. J’attends que notre dernier enfant soit majeur, vous allez comprendre pourquoi.
J’ai 5 enfants, 3 d’un premier mariage et 2 du second. Cath, Ro, Clé, Fran et Max. Ce n’est pas pour l’anonymat, mais pour la rapidité d’écriture.
Lorsque ma demande de divorce a basculé vers la guerre, nous avons tous les deux utilisés les coups aussi bien moraux que physiques. Mon ex a été expulsé du domicile conjugal un matin de janvier. Il est parti en laissant en suspens cette phrase terrible : Tu as 3 enfants, tu paries sur combien de suicides par ta faute !
Bien heureusement, mes enfants sont vivants, mais je considère qu’il a réussi à faire pire.
Avant de raconter cette journée, sachez juste, qu’aujourd’hui, après être passée par toutes les étapes du deuil (oui, c’en est un quand même), après le réel désespoir, l’insoutenable douleur morale et physique, l’envie de mourir, de partir, de tout abandonner, la perte de toute estime de soi, les cris, les pleurs, les insomnies, les espoirs, les fêtes, les anniversaires, les procès, la vraies et belle et réelle dépression, je vais bien ! Aujourd’hui, j’ai repris ma vie en main et je vais de l’avant. Je ne pleure plus et je n’attends plus rien. Je vis, simplement.
Bonne lecture, c’est long ! ;-)
Tout a commencé ce 20 novembre 2017. Je sortais de mois compliqués. Ma belle-mère était gravement malade mais son traitement fonctionnait bien avec peu d’effets secondaires. C’était le bon côté de l’année. Malheureusement en septembre, ma petite belle-sœur/belle petite sœur a perdu son combat contre le cancer. Elle est décédée apaisée et je ne peux m’expliquer que je le fus aussi. Malgré les rebondissements de cette maladie, j’avais le sentiment étrange d’avoir passé des mois extraordinaires avec elle. Elle remplissait mon quotidien, probablement aux dépens de ma famille, mais tout le monde jouait le jeu que l’on savait provisoire.
En octobre, j’ai perdu une amie d’une embolie pulmonaire fulgurante durant sa grossesse. J’avoue avoir moins géré. La crise de nerf que j’ai faite à l’annonce m’a néanmoins permise de me ressaisir et de relativiser sur les petits ennuis de la vie. Mon beau-frère dirait que je suis forte. Il a peut-être raison. J’avoue qu’à cette période, je ne sais absolument pas pourquoi, mais je me souviens d’avoir dit à mon mari : je crois que je ne pourrais pas être plus heureuse !
Inutile de dire que je n’ai plus jamais prononcé cette phrase…
Nous arrivons donc à ce matin du lundi 20 novembre. Comme tous les jours, il faut jongler avec les horaires et transports de chacun. Et quand tout est fini, travailler… Ro et Clé sont dans la même école secondaire, Fran et Max dans la même école primaire et Cath est à l’université.
Comme à son habitude, Ro se lève tôt, soit 1h30 avant le départ. Depuis sa naissance plus de 10 jours en avance, il a peur d’être en retard ! Il aime prendre un bain le matin, déjeuner en paix (love this song) et regarder des vidéos sur son smartphone pendant 30 min. Il est relativement discret. Moi qui dors à l’étage en dessous, je ne l’entends jamais.
Mais ce jour-là, j’entends des cris et des injures. Je monte à l’étage et constate que Cath hurle sur son frère. Je tente de comprendre. Elle explique que le lundi est le seul jour où elle peut se lever à 8h et qu’avec tout le boucan de Ro, elle est éveillée et ne parvient plus à s’endormir à nouveau. Il s’est déjà excusé 10 fois mais elle persiste. Ro étant toujours, à ce moment de sa vie, le gars le plus mou et zen qu’il soit, ne l’écoute plus et continue nonchalamment à se préparer pour l’école. Toute la maison (sauf mon mari qui est déjà parti) est réveillée par les cris de Cath… Personne ne bouge, on sait que ça doit passer.
Je conduis Ro et Clé à l’arrêt de bus et plus tard, Fran et Max à l’école.
Une heure plus tard, je dépose Cath à la gare. Elle ne décolère toujours pas sur son frère. Je lui explique que la conversation est close, qu’il s’est excusé et a promis de mettre son réveil plus tard dans deux semaines (garde alternée) pour la laisser dormir. Elle poursuit avec des injures et menaces : je vais le tuer, grosse merde, je pouvais dormir, je suis fatiguée… Je la laisse à la gare en espérant qu’elle se calme.
Vers midi, je vais la rechercher. 1h de train et 1h de cours ne l’ont pas calmée. Elle râle toujours sur Ro et va se coucher car « elle a été réveillée en sursaut et est épuisée »… Je me retiens de répondre « nous aussi »
Dans l’après-midi, je vais rechercher tous les autres et Ro me montre, amusé, les textos d’injures envoyés par sa sœur en matinée. Je le rassure, elle dort, ça va passer. Je demande bien évidemment aux 4 enfants de respecter un silence religieux dans la maison, Cath dort, ne réveillons pas la colère !
Vers 18h30, je tente une intrusion dans sa chambre pour savoir si elle désire manger avec nous. Le repas est prêt. Elle vient à table à moitié endormie et commence à insulter son frère. Tous les noms d’oiseaux y passent sous le regard interrogatif de mon mari que j’ai oublié de prévenir. On court quand même un peu, nous aussi, la journée… Il tente une intervention polie, je le coupe dans son élan. Du haut de ses 1m93, il ne fera jamais le poids contre Miss1m50, il doit le savoir !
Le repas se termine. Ouf !
Bain des plus jeunes, dents, dodo. Les ados retournent sur leurs pc ou télé dans la salle à manger. Je suis à l’étage inférieur (oui, ma maison est bizarre), dans la chambre de Max pour le bisou/histoire/câlin et là-haut, des cris et hurlements. Je feins de ne pas entendre pour me consacrer à ce moment privilégié. Impossible. Je termine vite le câlin et monte voir ce qu’il se passe.
Cath est au bout de la table de la salle à manger, son QG, en train d’insulter son frère de sale sous merde et j’en passe et des meilleures.
Je bondis, c’en est trop. Je commence à parler haut et fort, clairement mais avec force. Je ne comprends toujours pas comment je me suis retenue de lui en coller une ou de lui lancer une chaise… Ce que je me souviens de ce moment est mon sang froid. Mon mari a, plus tard, posé les mots dont j’avais vraiment besoin : tu as été juste ! C’est encore le sentiment que j’ai aujourd’hui. Après 3 ans de questionnement, de traitement, de psychothérapie, d’écoute, de conseils, je n’ai trouvé aucune réponse à ce qu’il s’est passé ce jour-là, mais juste le sentiment d’avoir fait ce que je devais faire comme une maman responsable.
J’ai donc dit très haut et clairement quelque chose qui devait ressembler à ceci : ma petite fille, maintenant, c’est stop. On a tous bien compris ta colère et on la comprend. C’est dur, l’université, ce sont des horaires compliqués et on sait que ça te fatigue. Ok, Ro t’a réveillée. Il ne l’a pas fait exprès. Le problème est résolu depuis 10 minutes après ton réveil. Il ne le fera plus et changera ses habitudes pour ton confort. Par contre, tu arrêtes car je ne sais pas pour qui tu te prends, mais saches que tu ne vis pas seule. Et là, tu nous emmerdes. Les concessions, c’est dans les deux sens. Je refuse que tu injuries les autres comme ça. Ils ont aussi une vie. Tu n’es pas seule, tu devrais peut être un peu sortir de ta bulle, de ton pc, de ton Twitter (oups) et de ton monde égoïste et voir qu’il y a des gens autour. On n’est pas tes ennemis. Redescends sur la planète terre. Je t’interdits ici, dans cette maison, de traiter les autres de la sorte. Ce sont mes règles et je ne les changerais pas. Tu dois nous respecter comme on te respecte, c’est la vie de famille. T’es d’accord ou tu ne l’es pas mais c’est comme ça.
Elle a dit « ben je ne suis pas d’accord », elle a fermé son pc, appelé son père, fait un sac de vêtement et est partie.
Je ne l’ai plus jamais revue.



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